112ème jour : De Vila Pria de Ancora à Viana do Costelo.
Journée miroir aux précédentes.
Je monte, je descends, j’escalade les rochers affleurants le sol. Je traverse quelques forêts, me meurtri les pieds sur des pavés inégaux que forment les routes des petits villages. Une spécificité portugaise apparemment!
Je suis peiné, plus qu’il ne doit l’être, de voir «mon» bel océan, indifférent, loin de moi. Sa mobilité, à l’opposé des plaines et forêts statiques jusque là traversées animait mon chemin. Sa résonance, tantôt clapotis, parfois dissonante aux fracas des vagues sur les rochers pareils à des concertistes accordant leurs instruments me manque.
J’avais plus d’allant.
Il me revient à l’esprit une scène émouvante.
C’était hier, à l’arrivée de l’étape. Au bas d’une descente, je croise deux gamines de couleur différente. Elles se tiennent la main, elles sautillent, elles rient, elles sont heureuses.
Au point haut de cette descente, c’est le corps médical qui s’affaire auprès d’un vieux monsieur, maigrichon, déjà sous oxygène, le regard fixe tourné vers l’infini. La famille éplorée et silencieuse est déjà plus près d’un adieu que d’un au revoir.
Une génération en bouscule une autre. Une naissance pour l’une, un terme pour l’autre.
Ainsi tourne le monde.
Je suis d’une humeur chagrine ce soir.
La lassitude commencerait-elle à poindre?
Demain sera un autre jour.
