84ème jour : de Castrojeriz à Boadilla del Camino.

C’est entre les arabesques dessinées par les lumières blafardes des potences murales que nous avons quitté cette interminable rue centrale de Castrojeriz. Aux dernières maisons passées la moiteur de la ville a muté au bénéfice de la fraîcheur rurale.

Les courbes de niveau constant et l’absence de point d’altitude singularise la Meseta. Mais la nature facétieuse a ses contrariétés géologiques qu’elle entend fortement caractériser. Ainsi nous dûmes gravir la redoutable montée de la Meseta de Mostelares, 12% sur 1050 mètres. Au sommet, l’haleine courte, les muscles tétanisés, la vision élargie, la nature nous gratifie d’un spectaculaire lever de soleil, faisant scintiller la seule croix métallique, telle une révélation divine.

A cet instant il m’est difficile de partager cette citation de Pascal dans ses Pensées : « Je regarde de toutes parts et je ne vois partout qu’obscurité «.

Mais je n’ai aucunes qualités d’être son exégète.

Il y a des jours plein d’inattendue surprise. À l’auberge où nous avons déposé nos sacs pour se restaurer de l’incontournable « tortilla con patatas », café américano (long) et jus d’orange, un couple de Coréens. Lui est ténor, elle soprano. Pour leur plaisir et le nôtre ils entonnent des airs d’opéras. Le temps est suspendu, tout autant que fourchettes et cuillères aux commissures des lèvres. Les nations ont disparu… un court instant!

Sur le chemin, nous les dépassons et nous avons droit à un concert privé.

Malraux a raison « L’art est le plus court chemin de l’Homme à l’Homme »

Journée d’émotion intense.

Demain sera un autre jour.

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