22ème jour : Le ravissement.
Je suis parti ce matin de Bagneux ravi de mon hébergement. Ginette est attentive au pèlerin. Elle adopte, dès le pas de la porte, le tutoiement qui met à l’aise. Elle me propose un café, de faire une lessive, de s’occuper de mes godillots. Un ami à elle, Hervé, à partager la choucroute – une bonne idée après la journée froide et pluvieuse – arrosée d’un bon Riesling.
La difficulté avec les hébergeurs sympathiques c’est le petit déj’ qui s’éternise au risque de terminer l’étape à venir à la lampe frontale.
J’ai « béni » égoïstement ma solitude tant cette étape était époustouflante de beauté.
J’ai longé le canal de la Seine sur près de 20 km. Pansu à certains endroits, étréci par des écluses à l’eau murmurante plus loin. Des carpes « bateleuses » me rappellent leur disposition pour le saut. Les nénuphars, tels des pierres de jade, asphyxient par leur nombre le canal. Peu après le déjeuner, le soleil a tiré les nuages comme l’on tire le double-rideau d’une fenêtre me plongeant dans l’ombre. Les oiseaux ont étouffé, en douceur, leur piaillement.
J’ai croisé un joggeur, puis un pêcheur, le poussant à l’eau pour recueillir son impression d’être « coursé » par les poissons….
Ce fut vraiment une belle journée, sauf pour le pêcheur !!
