119ème jours : De Águeda à Mealhada.

Mes calculs : 287 km – Outdooractive : 258 km. 10 jours avant d’atteindre Lisbonne.

Youpi, à partir de demain je peux m’amputer un doigt de la main jusqu’à mon arrivée à Lisbonne. Pas pratique pour tenir les bâtons même s’ils sont, pour l’instant, remisés sur le sac, le terrain monotone et plat ne nécessitant pas leur concours.

Retour du bleuet cette fleur symbole de mémoire et de solidarité envers les anciens combattants et victimes de guerre, née dans les tranchées de la première guerre mondiale. Ils finiront pour la plupart – de moins en moins – dignement, au revers d’un veston poussiéreux.

À quoi rêvent les bleuets la nuit?

Malgré leur abondance, ils restent discrets. N’en déplaise aux tournesols plastronnant dans les champs. Beaux, colorés, séduisants, ravageurs, malgré ces qualificatifs et d’autres omis, ils finiront vulgairement dans une bouteille sur le rayon d’un supermarché qu’une main indifférente placera dans un caddie.

Je poétise, ou pense m’y adonner et j’omets de vous narrer ma dernière péripétie, financière celle-là.

Depuis le début de cette aventure je m’astreins à détenir trois à quatre hébergements devant moi. La vieillesse a besoin de sécurité. C’est une gymnastique quotidienne. L’occupation d’un hébergement appelle à la recherche d’un autre.

Pour ce soir, mon gîte réservé je m’y dirige d’un pas alerte suivant scrupuleusement les instructions de mon navigateur. Arrivé à l’adresse indiquée point d’hôtel existant. Mon application « plan » m’avait alerté d’une confusion homonymique….

Je m’en étonne. J’avise un couple, madame ânonne le français, je leur monte l’adresse. Ils se regardent, réfléchissent, se regardent à nouveau comme s’ils se découvraient pour la première fois.

Je suis un garçon pratique et sais faire évoluer rapidement des situations scabreuses. J’appelle l’hôtel, tend l’appareil à madame – un remake avec Victor – et comprends vite que le doute qui m’habite depuis un certain temps est fondé.

Ouf, l’hôtel existe bien à …, 200 km, dans la banlieue de Lisbonne.

Après des recherches avec le concours de l’IA, il m’est signifié que des sites de réservations tel Booking ont fait de ce quartier de banlieue une adresse au détriment de la ville existante.

J’ai adressé une réclamation à Booking sans grande conviction.

Si vous me suivez attentivement, vous savez que dans ce genre de situation j’investis un bar pour me désaltérer et réfléchir.

Je suis à nouveau béni des dieux.

Accoudé au bar je tente d’expliquer à l’accorte serveuse que je suis à la recherche d’un hébergement. De ses lèvres joliment ourlées qu’elles entrouvrent déployant un joli sourire elle me réponds en portugais. Après tout c’est sa langue!

A côté de moi, une dame qui comprend la situation, plus dans la gestuelle que dans la parole, me fait signe de ne pas bouger.

Elle téléphone, échange brièvement, raccroche et me fait signe de la suivre. Je m’exécute, nous montons dans sa voiture. En chemin, je comprends qu’elle m’emmène à un hôtel tenu par une amie. J’obtiens une chambre avec salle de bains privative pour 20 euros.

Comme Victor, pas de dédommagement, ni un verre.

Encore une belle rencontre éphémère.

Demain sera un autre jour.

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